Frontex, cache-misère des échecs de la politique migratoire européenne?

Mon dernier article d’opinion publié dans l’édition électronique du Monde, 22 octobre 2013 

My latest op-ed published in Le Monde, electronic edition, 22 october 2013- ‘Frontex, a convenient scapegoat for the failures of EU migratory policy’

Short abstract in English: By claiming more resources and responsibilities for Frontex, EU member states are skillfully avoiding saying that they are ultimately legally responsible for EU external border control. They avoid debating the need for a coherent and coordinated EU migratory policy that would  be fit to raise future demographic EU challenges. By doing so they prepare well the ground for the extreme-right in the 2014 European Parliament elections.

Lampedusa, élue plus belle plage du monde par les internautes, est devenue synonyme de honte européenne. Cette petite île italienne symbolise l’échec collectif européen tant sur le plan humanitaire que politique et éthique. Un échec trop facilement attribué à Frontex, l’agence européenne qui est censée coordonner les opérations des gardes-frontières des 28 Etats-membres, mais qui, faute de moyens et de compétences suffisantes est devenue le cache-misère des échecs de la politique migratoire européenne.

En réclamant davantage de ressources et de responsabilités pour Frontex, les Etat-membres, oublient de dire qu’ils sont les ultimes responsables légaux du contrôle aux frontières. Habiles, ils éludent également le véritable débat d’importance : celui sur le besoin d’une politique migratoire européenne cohérente et coordonnée, qui contribuerait à relever les futurs défis économiques d’uneEurope vieillissante.

Cette stratégie rappelle celle déployée en 2004 lorsque les opinions publiques européennes s’offusquaient de voir des migrants sub-sahariens abandonnés aux portes du désert par les autorités marocaines. Les expulsés de Ceuta et Melilla faisaient alors la une de toute la presse européenne tout comme les sauvetages en mer aux abords des îles des Canaries. Les Etats d’Europe du Sud firent alors pression sur ceux du nord, demandant davantage de solidarité à la vue departager le ‘fardeau’ de l’immigration irrégulière en Méditerranée. Frontex fut alors créée et elle coordonne depuis certaines opérations conjointes des gardes-frontières des Etats européens.

Dix ans plus tard Frontex est à nouveau au centre du débat. Soudainement et pour pallier leurs faillites, les États-membres réclament bruyamment ‘plus d’Europe’. Frontex vient ainsi d’allouer 2 millions d’euros supplémentaires à l’Italie. Eurosur, un système de coordination de surveillance des frontières extérieures de l’Union Européenne en discussion depuis plusieurs années, est désormais présenté comme une panacée technologique qui permettra d’éviter de nouveaux drames.

Frontex souffre pourtant d’un déficit patent de compétences du aux résistances nationales. Au lieu de mettre en place un système efficace de gardes-frontières européens, les Etats-membres ont préférés se battre pour sauvegarder leur souveraineté et garder le contrôle sur une agence européenne, dont, les missions d’interception sont décidées par son comité exécutif qui inclut les représentants de chaque Etats-membres. Jusqu’à la révision de son mandat en 2011, Frontex dépendait de la bonne volonté des Etats-membres pour mettre hélicoptères et navires à sa disposition.

UNE POLITIQUE D’IMMIGRATION AU-DELÀ DES CALCULS POLITICIENS

Les Etats-membres ont également poursuivi des politiques contradictoires allant à l’encontre de l’intérêt européen. Ainsi la coopération bilatérale entamée par l’Italie sous Kadhafi avec les autorités libyennes, décrédibilisent toute tentative de politique cohérente. Comment parler d’une seule voix si la Guardia di Finanzarenvoie unilatéralement des migrants aux autorités libyennes, en violation du principe de non-refoulement ? Comment mettre en œuvre des accords de réadmission au niveau européen, si les Etats-membres continuent d’utiliser leurs propres instruments de réadmission bilatéraux, par ailleurs décidés en dehors de tout contrôle parlementaire et judiciaire ? Ces contradictions n’empêchent pas pour autant l’Italie de vouloir placer un Italien au poste de directeur exécutif de Frontex.

Les défis migratoires qui se posent à l’Europe requièrent pourtant une vision stratégique, au-delà des calculs politiciens. C’est précisément ce contrepied qu’ont pris les Etats-Unis d’Obama, en optant, malgré la crise, pour une grande réforme de l’immigration. L’objectif est de booster l’économie américaine à travers davantage de régularisations et d’opportunités légales de travail pour les immigrés. Un discours positif sur les bénéfices économiques de l’immigration qui attire depuis longtemps les immigrés nord-africains et africains les plus qualifiés et les détourne de l’Europe.

En se focalisant sur Frontex et en occultant les questions de politique de développement avec les pays sources, de l’immigration économique légale, des politiques de visa et d’asile communes, les élites politiques prennent l’Europe en otage et préparent le terrain pour les partis extrême-droite lors des prochaines élections européennes.

 

Merci de me faire part de vos commentaires à travers ce blog ou en réagissant sur Le Monde.fr

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/10/22/frontex-cache-misere-des-echecs-de-la-politique-migratoire-europeenne_3500808_3232.html

 

 

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LSE Ideas Report on Southern Europe

Report published at the occasion on the Launch of the Southern Europe programme at LSE Ideas

Check it out as well as my piece on ‘Southern Europe’s Role After the Arab Spring: Winning Back Voice and Access’

LSE_IDEAS_Report_SouthernEur_LoRes

Lampedusa- a wake up call for the EU- Slovak Pravda

For Slovaks’ readers, here is the link to the Slovak Pravda http://spravy.pravda.sk/svet/clanok/295679-barroso-videl-stovky-rakiev/

but the English comments were also published by the journalist on his blog:

http://matisak.wordpress.com/2013/10/09/one-week-after-lampedusa-tragedy-really-a-wake-up-call-for-the-eu/

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