Tunisie : le combat démocratique continue

Tunisie : le combat démocratique continue

Publié dans le Monde Week-End, Samedi 21 mars

Afin que l’attaque dont a été victime Tunis ne détourne pas le pays de sa reconstruction politique, les Européens et les Américains doivent soutenir financièrement son développement et sa sécurité.

Choc, effroi et colère règnent en Tunisie après l’attaque du Musée National du Bardo qui a coûté la vie à au moins 20 personnes dont 17 touristes.

Au-delà de l’horreur, il s’agit d’une véritable épreuve pour la transition démocratique. Le but est de faire régner la terreur et de détourner les Tunisiens de leurs objectifs de démocratie, liberté et pluralisme. Mais cela ne doit pas prendre, malgré la tentation d’une réponse tout sécuritaire.

Les Tunisiens ont appris à vivre avec les menaces régulières de déstabilisation qui se présentent aux frontières libyennes et algériennes. Depuis l’attaque de l’ambassade américaine en 2012, les meurtres de Chokri Belaid et Mohammed Brahmi, des policiers et des militaires ont été régulièrement la cible d’attaques dans la région du Mont Chaambi et Kasserine. En 2013 et 2014, plusieurs cellules terroristes étaient démantelées à Oued Ellil et Ouardia. C’est toutefois la première fois que la capitale tunisienne est visée et des civils, dont de nombreux touristes, pris pour cible.

By cjb via Wikimedia Commons

Nouveau Contrat Social

Ces attaques sont un coup dur pour le Président Mohamed Beji Caid Essebsi et son parti Nidaa Tounes qui a fait campagne sur le retour de la stabilité et de la sécurité afin de relancer le tourisme. Ce dernier représente plus de 8% du PIB et environ 400,000 emplois. Le retour des investissements direct étranger est crucial. La chute immédiate de l’indice Tunidex à la bourse de Tunis après les attaques est un mauvais présage pour une économie tunisienne déjà vacillante avec 40% de taux de chômage chez les jeunes.

La lutte antiterroriste doit être menée sur tous les fronts et elle doit s’inscrire dans la durée. La sécurité c’est aussi l’économie et le social. Sur le plan économique, bien que Barack Obama ait déjà annoncé un investissement de plus d’un milliard de dollars en direction des jeunes entrepreneurs tunisiens, les partenaires internationaux doivent faire plus. A commencer par la nécessité pour les Européens et le Américains d’accélérer au plus vite les négociations de libre-échange.

Ensuite, pour parvenir à un nouveau contrat social national, il faudra mettre en oeuvre une réforme du secteur de la sécurité. L’Etat peut mieux faire. La condamnation par contumace le bloggeur Yassine Ayari pour avoir critiqué l’armée montre le long chemin qui reste à parcourir. Afin d’ancrer la réconciliation nationale dans la société tunisienne, il faudra que justice soit faite envers les victimes des répressions sanglantes par les forces de police dans le mois qui a précédé la chute de Ben Ali et qui ont coûté la vie à 132 personnes.

Par ailleurs, il faut redonner espoir aux jeunes Tunisiens durement affectés par le chômage et la pauvreté. Ceux-ci se sont largement abstenus aux dernières élections soulignant le fossé intergénérationnel qui se creuse. Cet abstentionnisme a touché différentes catégories sociales et constitue donc un véritable signal pour toute la classe politique tunisienne. Enfin cette aliénation de la jeunesse se retrouve en partie parmi les 3000 Tunisiens partis combattre en Irak et en Syrie.

Depuis la révolution, la Tunisie est un exemple et ses citoyens ne doivent pas être découragés par ces attaques. Au contraire ils ont fait preuve de courage et d’unité en entonnant l’hymne national à divers endroits de la capitale. Leur combat continue plus que jamais. Il passe par le rappel aux politiques tunisiens et à la communauté internationale de leurs responsabilités dans cette transition démocratique. Les enjeux de la lutte antiterroristes ne sont en effet pas les même dans la jeune démocratie tunisienne qu’à Paris ou à Copenhague.

Sarah Wolff, Maître de conférence à Queen Mary University,

spécialiste des relations entre le Maghreb et l’Union Européenne

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One Response to Tunisie : le combat démocratique continue

  1. Etienne ROUEFF says:

    je l’ai lu en ouvrant mon journal ce matin c’est encore mieux; bravo: clair précis concis et mordant! ce qu’il faut j’espère que tu l’as envoyé à tes cousins sinon je le fais Bizz E Le 21 mars 2015 à 10:38, Sarah Wolff a écrit :

    > >

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