Interview pour RFI sur le nouveau corps européen de gardes Frontières

Pour les lecteurs francophones, voici une interview donnée sur cette nouvelle entité  qui étend les compétences de Frontex sans totalement transformer l’agence

Reportage par Marc Echevery publié le 6 Octobre sur le site de RFI

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Ce jeudi 6 octobre, à la frontière turco-bulgare, 200 garde-frontières européens prennent du service, embryon d’un corps qui pourra en compter jusqu’à 1 500, mobilisables à tout moment pour faire face, notamment, à une pression migratoire exceptionnelle. Adopté au pas de charge, ce projet a été présenté comme une victoire de l’équipe Juncker sur les replis souverainistes et la clé d’une sortie de crise pour l’espace Schengen. Mais qu’en est-il réellement ?

Lorsqu’en décembre 2015, la Commission a proposé de doter l’Union européenne de son propre corps de garde-frontières, beaucoup à Bruxelles ont vu ressurgir un vieux serpent de mer, voué à disparaître, une énième fois, devant la réticence de certaines Etats. Après tout, combien de fois l’idée avait-elle émergé ? Combien de fois a-t-elle été présentée comme un remède au marasme dans lequel se tient le système de libre-circulation Schengen, avant de disparaître ?

Mais cette fois, le contexte a indubitablement joué en faveur de ses tenants. Les six derniers mois de 2015 (comme les premiers de 2016) ont vu l’arrivée de centaines de milliers de migrants, le plus souvent des réfugiés syriens, irakiens, afghans ou encore érythréens, par la « route des Balkans ». Par mer, les migrants africains ont continué d’affluer, dans de périlleuses aventures qui en ont conduit une partie à la mort (11 400 décès répertoriés depuis trois ans). En début de semaine encore, près de 10 000 d’entre eux ont été secourus par la marine italienne. Face à ces arrivées massives, l’Europe s’est pour partie retranchée dans ses nationalismes – certains Etats-membres érigeant des murs, d’autres rétablissant les contrôles aux frontières -, menaçant la sacro-sainte libre-circulation qui en faisait la sève.

Identifier et intervenir

L’Agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes – pour son appellation complète – est de fait une extension du mandat de Frontex, l’agence chargée de coordonner l’effort de surveillance des frontières de l’UE depuis 2005. Mais le tour de force de l’équipe Juncker, président de la Commission européenne, a été de faire accepter à des Etats très attachés à leurs prérogatives nationales l’idée d’un corps de garde-frontières bien équipés et quasi autonome, c’est-à-dire à même de s’autosaisir dès qu’il décèle une faille aux frontières de l’UE. Et ce, même si l’Etat concerné n’a rien demandé.

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« Cela paraît très neuf, mais derrière, il y a quand même des problèmes intrinsèques à Frontex qui existaient par le passé et qui continueront d’exister, tempère d’emblée Sarah Wolff, maître de conférences à la Queen Mary University de Londres et spécialiste de la politique migratoire européenne, notamment pour ce qui est des contrôles aux frontières qui restent une compétence partagée avec les Etats-membres. » Loin de l’impression que laissait la communication bruxelloise, on est encore loin d’une entité supranationale. Car même s’il s’agit d’une réelle avancée en termes d’intégration, cela demeure « une agence qui coordonne » et qui, du reste, ne dispose pas de garde-frontières en propre (lire encadré).

D’ailleurs, certains chefs d’Etat et de gouvernement, pourtant habitués à faire vibrer la corde nationaliste à la moindre occasion, n’y ont rien trouvé à redire. Ainsi le président hongrois, le très populiste Viktor Orban a apporté un soutien remarqué en décembre dernier : « Qu’un Etat-membre ne soit pas en mesure ou ne veuille pas se conformer à ses obligations, les autres[Etats] doivent avoir le droit d’assurer la protection de la frontière. Nous avons en effet besoin de ces outils et mesures », avait-il déclaré en écho à l’annonce de la Commission.

Le pari de Bruxelles

Le groupe de « Visegrad » (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), qui s’oppose à la politique migratoire de Bruxelles et notamment à son plan de répartition des migrants, soutient dans son ensemble l’initiative. Et cela s’explique : « Le contrôle aux frontières est le plus petit dénominateur commun aux Etats-membres, rappelle Sarah Wolff, puisqu’ils ne sont pas capables de se mettre d’accord sur une politique migratoire beaucoup plus compréhensive. » Protéger les frontières communes pour ne pas avoir à s’écharper sur les questions de quotas. De plus, les pays dans le viseur (Grèce, Bulgarie et peut-être bientôt Italie) ne sont pas actuellement à chercher en Europe centrale.

Les garde-frontières européens en sauveur de Schengen, c’est donc le pari de Bruxelles. Un pari qui n’est pas sans risque : en cas d’échec, l’Europe n’en serait que plus ébranlée. Or la bienveillance affichée par les Etats envers la nouvelle agence peut très bien évoluer. « Frontex s’est attirée une très mauvaise publicité, surtout en Europe de l’Est. Les Etats-membres ont très bien réussi à faire en sorte que les critiques se dirigent vers une agence qui paraît technocratique, basée à Varsovie et qu’on ne connaît pas, estime la chercheuse Sarah Wolff.C’est un bouc émissaire très utile lorsque les Etats ne veulent pas faire face à leurs responsabilités. » Les partis d’extrême droite de plusieurs pays, opposés à cette forme de remise en question de la souveraineté nationale, ont en tout cas déjà fait de la nouvelle agence la cible de leurs critiques, et font monter la pression.

Un mandat opaque dénoncé par des ONG

Du côté des associations d’aide aux migrants, en revanche, point de revirement à attendre. Elles qui voyaient d’un mauvais oeil l’action de Frontex, ne cachent pas leurs craintes devant ce corps de garde-frontières aux prérogatives étendues et aux moyens renforcés. Réunies depuis 2013 au sein du collectif « Frontexit », la FIDH, Migreurop ou encore La Cimade dénoncent l’opacité qui entoure le nouveau mandat.

Selon ces dernières, plusieurs points posent problème, comme par exemple les échanges d’information avec des pays tiers. « Ne soyons pas excessifs, les échanges de données personnelles ne sont pas autorisés, mais rien n’empêche l’agence de recevoir ce type d’information de la part d’un pays hors Europe. La faille existe, assure Marie Martin, chargée des questions migratoires au sein du réseau EuroMed, membre de « Frontexit ». Les personnes dont on a collecté des données ont des droits, au regard de la législation européenne, notamment de modification, de savoir à quoi elles vont servir. A aucun moment il n’est certain que ce type de droits sera clarifié. » Pour la responsable d’EuroMed, plus de collecte et de transmission d’informations signifie mécaniquement plus de risques d’abus.

Deux cent garde-frontières européens doivent être déployés ce jeudi 6 ocotbre à la frontière entre la Bulgarie et la Turquie.NIKOLAY DOYCHINOV / AFP

« L’une des choses prévues par l’Union européenne est d’élargir la carte des échanges aux pays de la Corne de l’Afrique, qui font partie du fameux processus de Khartoum de coopération sur les migrations entre UE et Afrique. Et qui dit Khartoum, dit Soudan – mais aussi l’Erythrée pas loin – et là l’échange d’informations, quand bien même elles ne seraient pas personnelles, pose des problèmes. »

Une question de responsabilité

Surtout, ce que redoutent ces associations, ce sont les possibles atteintes aux droits des migrants lors des interventions de l’agence, notamment au cours des retours conjoints organisés par Frontex. Et quid de la collaboration avec les Etats ? Le travail de Frontex, par exemple, aux côtés d’autorités hongroises qui mettent un zèle particulier à refouler les migrants à la frontière serbe, a été maintes fois décrié. A l’heure d’une surenchère anti-migrants, la crainte de voir ces garde-frontières faire le jeu de politiques toujours plus restrictives à l’endroit des migrants demeure.

D’autant qu’en dépit de moyens en personnels et matériels (hélicoptères, images satellites) accrus, l’agence des garde-frontières, comme l’était Frontex, ne sera pas pénalement responsable en cas d’atteintes aux droits fondamentaux des migrants, une demande des ONG. « Il y a bien un mécanisme de dépôt de plaintes, mis en place à la demande des eurodéputés, précise Marie Martin, mais cela relève simplement d’une procédure disciplinaire interne à l’agence. »

Des griefs qui ont peu de chance d’être entendus à la frontière turco-bulgare ce jeudi, une journée que Bruxelles veut avant tout « historique ». Le fonctionnement de l’agence atteindra sa vitesse de croisière sous six mois, alors que l’Europe se prépare à de nouvelles arrivées de migrants sur son territoire.

 

L’AGENCE EN TROIS POINTS

Mandat
La nouvelle agence est une extension du mandat de Frontex, en place depuis 2005. Elle maintiendra une veille permanente aux frontières extérieures de l’Union européenne, mais pourra également travailler dans des opérations conjointes avec des pays extérieurs à l’UE. Elle pourra collecter des données, les traiter et les partager avec Europol ou les Etats-membres. A noter que les garde-côtes de l’agence ont désormais dans leurs attributions le sauvetage en mer et une mission plus large de police en mer.

Effectifs
Les effectifs permanents de Frontex vont passer de 400 à près de 1000. A la demande de la nouvelle agence, les pays membres devront mobiliser rapidement jusqu’à 1 500 garde-frontières. Comme elle s’y était engagée, la France fournira un peu plus de 10 % des effectifs, avec 170 hommes mobilisables.

Autonomie
L’agence pourra identifier les « points faibles » aux frontières de l’UE et s’autosaisir des dossiers. La décision d’intervenir se prendra au niveau du Conseil européen (et non plus de la Commission comme dans le projet initial) à la majorité qualifiée. Si le pays ne coopère pas, les contrôles aux frontières au sein de l’espace Schengen pourront être rétablis pour une durée n’excédant pas six mois. Mais sur le terrain, la responsabilité des opérations incombe à l’Etat-membre.

 

 

Migrants Drowning in the Mediterranean- New Op-Ed in The Conversation

Following the drowning of migrants in the Mediterranean, I wrote a new piece for The Conversation. Here’s the link:

http://theconversation.com/deaths-at-sea-scant-hope-for-the-future-from-europes-history-of-failure-on-migrants-40596

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Europe is today the deadliest migration destination in the world and the Mediterranean is becoming an open-air cemetery. In spite of worldwide condemnations – from civil society to global institutions such as UNHCR – the EU’s approach has been hopeless. While deploring deaths at sea, it has been unable, over the past three years, to act as the responsible political authority it ought to be – preferring to leave Italy to tackle the problem alone.

The tragedy unfolding in the Mediterranean is a severe blow for the European common migration and asylum policy. Thought of initially as an accompanying measure to the achievement of the EU single market by easing the freedom of movement of people internally, it has drifted towards a Fortress Europe for most outsiders.

In 2004, between 700 and 1,000 died each year as they tried to cross into Europe from Africa depending on whose numbers you consulted. This number almost tripled in 2011and included migrants dying in the Mediterranean, off the coast of Libya, Egypt, Tunisia, Malta, Italy, Spain, Algeria, Greece, but also people shot dead on the Moroccan-Spanish border in Ceuta and Melilla or drowned in the Evros river on the Greek-Turkish border.

Migrants have long tried to escape both poverty and violent conflict by crossing into Europe, but the consensus is that the building of a restrictive common EU migration policy – which allows fewer legal ways of coming to Europe – and more sophisticated surveillance to enforce this policy have contributed to this stark increase in the number of deaths.

So, one of the most popular migrant routes in 2004, the West African route – which involved taking sea passage from West African countries, mainly Senegal and Mauritania, into the Canary Islands – has become largely disused. Compared to the 31,600 illegal migrants detected by Frontex in 2008, only 275 migrants took this route in 2014.

Cooperation between Spain, Mauritania and Senegal involving more sophisticated surveillance – as well as repatriation agreements with West African countries which have returned thousands to their countries of origin – have prompted migrants to take different routes, mainly the central Mediterranean route that goes through Libya. The Gilbraltar strait is now well controlled by the Spanish Integrated System of External Vigilance which has forced migrants to divert via longer and more dangerous routes.

Since the fall of Gaddafi the absence of a stable government in Libya has caused a considerable disruption of border controls in and out of the country which has led human traffickers concentrate their efforts there. And it has also been reported that restrictive border controls in Israel and the Gulf – Saudi Arabia has built a 1,800km fence on its border with Yemen – has prompted many migrants, notably from East Africa, to head for Europe instead. After Syrians fleeing the civil war, Eritreans are the most common nationals found attempting the central Mediterranean route.

Mare Nostrum and Triton

Faced with the indecisiveness of its European partners over the migratory flows the Italian government unilaterally established its Mare Nostrum operation, which ran from October 2013 to October 2014 and patrolled 70,000km in the Sicily Straits at a cost of Euros 9m per month (US$9.6). This involved more than 900 Italian staff, 32 naval units and two submarines taking shifts amounting to more than 45,000 hours of active operations. The Italian navy reports that during the Mare Nostrum operation it engaged in 421 operations and saved 150.810 migrants, seizing 5 ships and bringing to justice 330 alleged smugglers.

But by the end of 2014 the burdens of running Mare Nostrum alone were becoming too much for Italy, which was keen to involve its European partners. The Triton programme, coordinated by the EU border agency Frontex and under the command of the Italian ministry of Interior, was duly established, on a much smaller scale than Mare Nostrum – Triton deploys two ocean patrol vessels, two coastal patrol vessels, two coastal patrol boats, two aircraft and a single helicopter.

It also has no mandate for rescue-at-sea operations since its job is to control EU’s external maritime and land borders. Before last week’s tragedy, 24,400 irregular migrants have been rescued since November 2014, mostly by Italy. Some 7,860 migrants were saved by assets co-financed by Frontex.

Italy has been left to bear the brunt of rescue missions. EPA/Marco Costantino
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The horror at the rocketing numbers of deaths in the Mediterranean in recent weeks has at last prompted the EU to call for concerted action by its member states – and the ten-point action plan endorsed by European foreign and interior ministers on April 20 calls for an strengthening of Frontex Triton and Poseidon’s operations.

But the question of Frontex mandate on rescue at sea has not been addressed and nor has its inadequate budget, which is around Euro 2.9m monthly – just one-third of Mare Nostrum’s. Instead, increased cooperation between Europol, Eurojust, the European Asylum Support Office and Frontex and the deployment of immigration liaison officers to “gather intelligence on smugglers” are very vague action points which appear to merely repackage existing measures.

Needed: a joined-up policy

It is actually quite clear what the EU should be aiming for. First, a much larger rescue-at-sea operation should immediately be put in place. Since Italy halted Mare Nostrum, deaths at sea have increased rapidly. Its inadequate replacement, Triton, provides a convenient scapegoat for politicians who should never have mandated Frontex – the EU Border agency – for the task of rescue at sea in the first place. What is needed from the EU is to agree a collective system of rescue at sea – rather than relying on the efforts of individual EU member states.

Second, there must be safer, legal, avenues for asylum in Europe. Migrants are not just fleeing poverty, they are fleeing violence, danger and repression. At present most of them end up in Libya, which is in itself a very dangerous place; the hope of reaching safety in Europe prompts these refugees to risk highly perilous – and expensive – escape routes. Many are dying at sea.

This is not likely to go away anytime soon and building legal, virtual or real fences won’t help. For some of those migrants, Europe could offer humanitarian visas and others could take advantage of family reunion with relatives already in Europe. Employment programmes could identify jobs to fill key shortages in the European economy. Offering more and easier legal means would necessarily lead to a fall in irregular migration.

We also need to establish a joined-up policy involving not just destination countries, but places of origin and transit countries. For many years the EU has been relying on non-members to police its borders. This is a flawed approach – rather than simply offering financial compensation, the EU needs to revise its incentives and provide what these origin and transit countries want: visa facilitation and trade and access to the EU single market. It’s time to work out an effective cooperation, not merely trying to impose a top-down security agenda, which is doomed to fail. Also doomed to fail is the traditional approach which has relied on southern European states and their neighbours dealing with the surge of refugees.

Meanwhile, in Libya. EPA/STR
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The Dublin convention, which was established in 1990 to regulate the assignment of asylum applications processing, is surely no longer viable. A system that reassigns applications of asylum-seekers to the country they first entered puts southern Europe under excessive strain – especially as countries such as Greece lacks the capacity to host and process applications while observing their human rights obligations. The 2015 Tarakhel vs. Switzerland is the latest of a series of cases which highlight the inefficiency of that system. It is high time to review the notion of “burden-sharing” within the EU.

Not needed: the Australian solution

Tony Abbott’s suggestion that Europe should follow Australia’s example and simply turn boats back, or ship all rescued refugees and migrants to off-shore processing centres is certainly not a serious proposal. By diverting migrants to Papua New Guinea islands of Manus and Naura, Australia has been found to violate its international law obligations. Meanwhile, to Australia’s shame, Amnesty International has documented numerous human rights abuses in these processing centres.

Australia’s refugee policy is not only inhumane, but apparently rather expensive: AU$342.2m ($256.5) was spent by Australian Customs and Border Protection Service for its Civil Maritime Surveillance and Response programme – which involves policing illegal maritime arrivals.

Following Australia’s example is unrealistic as it relies so heavily on siting its offshore facilities in its neighbouring countries. Given the long-standing reluctance of north African and Middle Eastern countries to play that role – and given their own limited capacities, this is never going to work. The migratory flows are much larger, for a start.

Adopting Australian’s offshore processing of boat people would not only contravene EU and international law but would also probably reveal that the EU is going adrift and that, next to a governance crisis, it is undergoing a deep moral and ethical crisis.

The first 100 days of the New Frontex Director

Op-Ed published in EU Observer, 22 January 2014 

On 15 January 2015, the new Director of Frontex Fabrice Leggeri started his mandate. This top civil servant from the French Ministry of Interior, who also held diplomatic positions, is now in charge of coordinating the border management operations of the EU member states.

He is taking his new function amidst one of the worst contemporary migration crisis. 2014, was the deadliest year for migrants. The number of refugees has never been so high since Second World War. Fatalities in the Mediterranean were the highest.

According to a recent report from The International Organization for Migration (IOM), 22,000 people died during their high-risk journeys to Europe since 2000.

Europe has become the deadliest migration destination in the world, before the US with 6000 fatalities on the border with Mexico for the same period.

François Crépeau, UN Special Rapporteur on the human rights of migrants has called the EU to stop human deaths and suffering at its borders within the respect of international law. Many voices in civil society campaign for a suspension of the activities of Frontex and contest its legitimacy.

The first 100 days

Yet as argued elsewhere, Frontex is only a smokescreen for national reticence to build a common immigration policy. It is a convenient scapegoat for national policy-makers who are unable to find a collective solution to this crisis and to apprehend migration as a durable phenomenon (see here).

In order to address those challenges, the new director should pay attention to the following points in his 100 first days.

– First, communicate and be modest.

In times of crisis it is crucial to show to the European public what Frontex does best and to acknowledge its weaknesses. Acknowledge that the means, capacities and mandate of Frontex are limited and that the public and the media cannot always wait for Frontex to solve everything. Be honest and transparent about the real capacity and mandate of Frontex in order to avoid unrealistic expectations and the widening of a “Frontex capability-expectation gap” which will continue to fuel frustration.

– Then Frontex and border management should be an integral part of EU’s foreign policy.

The new High Representative F. Mogherini should pay more attention to migration and border control. Frontex should be part of a coherent and coordinated approach with source countries. Having working arrangements with third countries without influencing more importantly the direction of the EU’s foreign policy is not enough. Frontex Director should be systematically consulted by the EEAS services, including on relevant CFSP missions.

– Third, rescue at sea should be at the heart of Frontex mandate, together with a humanitarian approach to the Mediterranean refugee crisis.

Improving those capacities along measures such as the issuance of humanitarian visas for Syrian refugees should be central to any EU refugee policy.

– Exchanging information with Europol should be central to Frontex strategy.

It is time to speed-up the conclusion of the much-awaited operational agreement with Europol. The chartering of cargo ships by organised crime networks is a new step in the industrialisation of human trafficking. This should be stopped and Frontex must play its part by providing all relevant information gathered from its debriefings with migrants to Europol in order to support on-going investigations to bring down those networks.

– Fifth, anchoring the Fundamental Rights Strategy and Ethics in the agency’s daily practice requires more intense educative curriculum, exchange of best practices and a genuine dialogue with civil society and migrants.

Capitalising upon transnational networks with EU member states, international organisations such as UNHCR, the Council of Europe, the OSCE etc. would help to think about ways to improve behaviours and identify operational challenges.

A less Eurocentric approach

Those measures should constitute an integral part of a comprehensive migration approach, which should force the EU to think about opening its border to refugees and setting up large-scale resettlement programmes.

The rapid transformation of migratory fluxes and geopolitics in its neighbourhood should also open a debate on the de-Europeanisation of the management of migration control which would take into account third countries’ needs and capacities.

This requires a less Eurocentric approach as well as a deep and sincere discussion over the legal means of migration to Europe

L’Europe doit donner un nouvel élan à sa politique migratoire, Le Monde, 28.10.2014

Op-Ed paru dans les pages débats du Monde daté du 29.10.2014

Alors que les touristes ont déserté les plages de la Méditerranée, Syriens, Erythréens et autres réfugiés tentent chaque jour de rejoindre l’Europe au péril de leur vie. Cette année il y eu 3072 morts en Méditerranée dont 366 immigrés à Lampedusa. Depuis l’an 2000, selon l’Organisation Internationale pour les Migrations, 22000 personnes sont mortes en tentant de rejoindre l’Europe. L’Europe est devenue la destination la plus mortelle au monde, devançant les Etats-Unis avec 6000 morts à la frontière avec le Mexique.

Face à la tragédie, l’immobilisme indigne. L’agence européenne des frontières Frontex qui catalyse les obsessions de la politique migratoire européenne, est en première ligne. L’opération Frontex Plus (ou Triton) succèdera en novembre à l’opération militaro-humanitaire Mare Nostrum. Cette dernière mise en place par l’Italie a permis de sauver 138 000 personnes en mer cette année. L’Italie a ainsi depuis un an pallié aux déficiences de Malte qui conteste ses obligations internationales de sauvetage en mer. Le gouvernement de Matteo Renzi souhaite désormais partager le ‘fardeau’ financier et matériel avec ses partenaires européens.

Les capacités de Frontex de mener à bien cette mission telle que l’a fait Mare Nostrum, sont mises en doute à la fois par les Etats-membres et la société civile. Depuis sa création jamais une agence européenne n’aura suscité une telle polémique. La plateforme Frontexit, a ainsi appelé à une cessation des activités de Frontex. S’appuyant sur des témoignages de migrants et une analyse des obligations légales en matière de droits d’asile et de non refoulement, la plateforme critique à juste titre le manque de progrès en matière de droits fondamentaux et l’opacité de l’agence. On ne peut ignorer également le rôle joué par la surveillance des frontières dans la diversion des routes migratoires les rendant ainsi plus périlleuses.

Ce message qui promeut auprès du grand public un arrêt des activités de l’agence ‘dotée de moyens considérables et d’une grande autonomie’ est cependant un écran de fumée qui participe à renforcer les fantasmes collectifs de la politique migratoire européenne. Il faut en effet rétablir les faits. Tout d’abord depuis 2009, ni les parlementaires européens, ni les Etats-membres n’ont souhaité augmenter le budget de Frontex. Son budget a même diminué passant de 94 à 89 millions d’euros cette année. Une somme insignifiante face aux 10 millions dépensés mensuellement par l’Italie pour l’opération Mare Nostrum. Par ailleurs, bien qu’elle en ait la capacité légale, Frontex n’a pas les moyens d’acquérir ses propres équipements, reposant ainsi sur le bon vouloir des Etats-membres de lui allouer ou non du matériel. Son autonomie est donc limitée.

Stopper les activités de Frontex risquerait de provoquer un retranchement des politiques d’immigration nationales et l’abandon d’une solution collective européenne. Elle amènerait à une compétition entre Etats-membres et à davantage d’opacité sur leurs pratiques. Après tout lorsque le Défenseur des Droits de l’Homme épingle les abus de la Police aux Frontières, personne ne demande l’arrêt de ses activités.

Frontex est un bouc-émissaire facile créé par nos gouvernants pour les opinions publiques. Ne tombons pas dans ce piège! La société civile doit continuer son rôle inestimable de chienne de garde. Cependant il faut être constructif et s’interroger sur les raisons de tant d’obsessions et de fantasmes. Plutôt que d’arrêter ses activités, Frontex doit se transformer en un véritable Corps Européen de Gardes-Frontières avec plus de moyens, d’indépendance et de contrôle démocratique. Il s’agit d’ancrer une éthique et un éthos professionnels à travers une formation commune. Les capacités humanitaires de sauvetage en mer et la facilitation de l’accueil des demandeurs d’asile devraient également être au cœur des préoccupations de cette entité. Des initiatives parallèles telles que la facilitation de l’immigration légale vers l’Europe ainsi que l’ouverture de centres européens de demandes d’asile dans les pays sources permettraient d’endiguer l’industrie des passeurs. Toutefois sans la coopération des pays source, dont les pratiques de contrôle des frontières sont également contestées, ces idées sont irréalistes. Supprimer Frontex n’est pas une panacée. Il faut continuer d’informer le public et préconiser un dispositif humanitaire et diplomatique novateur et de grande ampleur. Ce plaidoyer doit être défendu auprès de la nouvelle Commission Européenne et de Fédérica Mogherini la nouvelle Haute représentante pour la politique étrangère et de sécurité de l’Union Européenne.

Short English abstract:

The European Common Migration policy needs a new impetus, Le Monde 28.10.2014
Faced with unprecedented migratory fluxes from Africa and Asia, Europe has become the most deadly migration destination in the world. It is urgent to stop criticising Frontex, the European agency for border management, and instead advocate for more financial and human resources as well as more independence for the agency. These steps should be taken within an overall reform of the European common migration policy that include increased rescue at sea capacities, expanding legal migration possibilities and setting up European common asylum centres in source countries.
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